Le ministère des finances produit des chiffres sexués concernant la création d’entreprise par les femmes
Le jeudi 6 décembre 2007, s’est tenue au ministère des finances et de l’emploi une conférence débat sur l’entrepreneuriat au féminin. Cette conférence était organisée par le Ministère de l’économie des finances et de l’emploi et le Ministère du budget, des comptes publics et de la fonction publique, la Direction du Commerce de l’Artisanat des Services et Professions Libérales ( DCASLP), et « l’Institution et Dynamiques Historiques de l’Economie » IDHE de Cachan. La présidence de cette séance était assurée par l’association « Incubateur d’entreprises innovantes Paris Pionnières ». Parmi les différents sujets abordés nous ne traiterons que : - l’entrepreneuriat féminin en fait et en chiffres - l’entrepreneuriat au féminin une approche individuelle et économique D’après les sources Sine 98, 02 06 dont le but de l’enquête est « de suivre un panel d’entreprises pendant 5 ans pour connaître leur développement, et avoir plus d’information sur le créateur » ! :
- les créatrices étaient 29,9% en 2002 et 30,6% en 2006
- 29% des créatrices créent dans le secteur du commerce et de la réparation 44% dans les services aux entreprises et aux particuliers, les 27% restant dans les autres secteurs
- 43,1% des créations par reprise ont été effectuées par des femmes
- En 2006 les créatrices sont légèrement plus jeunes que les hommes : 38,4 contre 38,6
- Les créatrices sont plus diplômées que les hommes : 53,6% ont un baccalauréat, brevets professionnels et diplômes supérieurs contre 43,5% pour les hommes
- Avant la création les femmes sont plus souvent inactives : 22,3% contre 10,3% pour les hommes
- Pour les entreprises créées en 2002 et pérennes en 2005, les femmes créent moins d’emplois : 1 salarié embauché par les femmes contre 1,5 pour les hommes, et 2,4 emplois créés contre 2,9 emplois pour les hommes ( moyennes nationales)
- Les entreprises créées par des femmes sont moins pérennes à 3 ans 67,7% contre 70,4%. ( l’enquête Siné ne fait qu’un constat sans donner les causes) A profils identiques les hommes ont 1,2 fois plus de chances d’être à la tête de leur entreprise trois ans après la création que les femmes Des raisons non mesurées : Difficultés à concilier vie familiale et professionnelle Difficultés pour obtenir des financements
- Les créatrices démarrent plus souvent avec des petites sommes : o Moins de 4.000€ 37,6% contre 32,9% pour les hommes o Entre 4.000 et 7.999€ 33% contre 38% pour les hommes o 32,9% des femmes créatrices ont crée avec moins de 2.000€
- Les femmes créent plus souvent que les hommes pour la première fois ( 79% contre 66%)
- Le démarrage est moins souvent facilité par des relations professionnelles ( 40% contre 52%)
- Une expérience professionnelle moins longue que les hommes avant la création ( 42% des femmes ont plus de 10 ans d’expérience professionnelle dans le même secteur d’activité contre 50% des hommes)
Pour le Ministère et la DECASPL : L’entrepreneuriat féminin : un sujet à la jonction du social et de l’économique Il est donc intéressant de l’explorer sous deux approches : a) une approche individuelle : les caractéristiques des femmes « entrepreneures » dans la population active ( enquête emploi)
- les femmes majoritaires dans la population
- en parité dans la population active
- minoritaires parmi les entrepreneurs Les entrepreneurs ont plus souvent que les autres actifs :
- un père qui a travaillé à son compte ( 38% contre 25%)
- une mère qui a travaillé à son compte ( 20% contre 13%) Une vie en couple plus fréquente que les autres femmes actives
- Une vie avec des enfants : parmi les femmes entrepreneures de moins de 30 ans elles sont 36% à avoir des enfants dans leur foyer alors que les autres femmes actives ne sont que 31% Les entrepreneures travaillent en moyenne 46 heures par semaine ( soit 8 heures de moins que les hommes) Les entrepreneures vivant en couple ont un conjoint également entrepreneur dans 37% des cas.
b) une approche économique : les caractéristiques des entreprises dirigées par des femmes ( sources Sirene pour les entreprises individuelles ( EI) + Diane pour les sociétés)
Les femmes dirigent des entreprises plus petites : une particularité de la démographie des entreprises françaises – une grande majorité de petites entreprises ( 93% comptent moins de 10 salariés d’ou un grande majorité de chefs d’entreprises dirigent de petites unités. Cela étant, les entreprises dirigées par des femmes sont en moyenne plus petites que celles dirigées par des hommes avec
- des effets structurels : secteur d’activité, ancienneté o la différence de taille persiste et les femmes ont : * 4 fois moins de chance que les hommes de diriger une entreprise comptant de 1 à 3 salariés * 8 fois moins de chance que les hommes de diriger une entreprise de 4 à 9 salariés * 33 fois moins de chance que les hommes de diriger une entreprise de 10 salariés
- Elles contribuent moins que proportionnellement à l’économie : Les femmes dirigeantes emploient 13% de l’effectif salarié total du champs ICS Les femmes dirigeantes réalisent 8% du chiffre d’affaires total Les femmes dirigeantes dégagent 12% de valeur ajoutée.
Si l’on prend la définition que l’entrepreneur c’est :
- la personne qui dirige l’entreprise
- et qui possède le capital en majorité, seule ou au titre de son couple ou de sa famille : o au sein des entreprise individuelle , l’entrepreneur dirige et possède le capital on en conclut que les dirigeantes sont toutes des « entrepreneures » o au sein des sociétés : on compte parmi les dirigeantes 43% d’ »entrepreneures » et 57% de « mandatées » une proportion comparable à celle des hommes.
Ces chiffres et données sont, du point de vue de RACINES, accablants, car ils sont le constat que nous faisons depuis notre création :
- si en 1989 ( année de notre création) les femmes représentaient 27% des créations d’entreprises, elles sont aujourd’hui 30% ( soit 3% de plus en presque 20 ans) et cette barre de 30% reste infranchissable depuis au moins 10 ans.
- Le monde financier n’a pas évolué dans ses pratiques – notamment le secteur bancaire- toujours aussi frileux vis à vis de la TPE et notamment celle dirigée par des femmes ( quand sera-t-il dans les mois qui viennent avec la crise financière qui s’annonce…………..). Et toujours le constat que les difficultés viennent du manque de capitalisation de ces entreprises, et des difficultés concernant la formation, et les contraintes de la vie familiale ( vraies pour toutes les femmes ). Ces questions de sous capitalisation et de suivi doivent être abordées dans le cadre de moyens financiers à trouver de la part des pouvoirs publics et structures étatiques ( régions départements et autres…)
Il n’est donc pas étonnant d’arriver aux chiffres donnés dans cette étude concernant les pourcentage de l’effectif salarial, du CA et de la valeur ajoutée. Ils ne sont que le reflet d’une situation que nous ne cessons de décrire, notamment en ce qui concerne le manque de capitaux au démarrage de l’entreprise qui fragilise et compromet pendant de nombreuses années le développement de ces entreprises. De même que le problème du suivi post création qui n’est toujours pas abordé correctement- nous sommes nombreux et nombreuses à constater que lorsque suivi il y a, les résultats dans tous les domaines s’améliorent – .
- Seul aspect positif : les pouvoirs public reconnaissent maintenant la fonction de la création d’entreprise par les femmes, – RACINES y a largement contribué- mais n’en sont pas encore arrivés à mettre en œuvre les moyens financiers nécessaires pour pallier aux difficultés.
Par ailleurs nous réfutons la définition du Ministère de l’économie et de la DESCALP qui définit dans ses problématique l’entrepreneuriat féminin comme un sujet à la jonction du social et de l’économique Le rôle d’une entreprise qu’elle soit dirigée par une femme ou un homme est d’abord de créer des richesses ( biens ou services) et par voie de conséquence de créer des emplois : donc toutes les entreprises ont un lien avec le social.
Si avec un certain nombre de mesures que nous -avons- et préconisons avaient été prises, si effectivement des moyens financiers avaient été pris, que de richesses ( emplois, valeur ajoutée) auraient pu être crées !…. quel manque à gagner, d’ailleurs souligner dans le rapport Novelli.
L’égalité des chances supposent une préoccupation permanente et à tous les niveaux, tant au niveau des structures et associations qu ‘au niveau des pouvoirs publics que de l’Etat et du gouvernement. Mais cela n’est pas encore aujourd’hui le cas.
Pour cela et dans l’immédiat des moyens financiers doivent être trouver pour :
- Exonération de charges fiscales et sociales dégressives étalée sur 5 ans pour ces entreprises gérées par les femmes
- mettre en place un véritable suivi post création avec les structures pratiquant l’accompagnement et le suivi en débloquant des moyens financiers
- développer l’épargne de solidarité en donnant aux structures les moyens de se développer et de développer les outils d’épargne solidaire avec des incitations fiscales pour tous les épargnants et épargnantes d’outils solidaires investis dés lors que l’entreprise est créée
- adapter l’épargne salariale solidaire aux entreprises de femmes – notamment en réservant pour les entreprise de femmes 2% des 5% prévus.
- Travailler et discuter avec le secteur bancaire pour le sensibiliser à l’entrepreneuriat au féminin, en faire un réel partenaire de ces TPE.
- abonder le fonds de garantie ( FGIF) afin d’augmenter la garantie jusqu’à 50.000€
Janvier 2008