Courriers
Nous avons adressé aux différents candidats à la Présidence de la République le courrier ci-dessous.
Une seule réponse nous est parvenue, celle de Monsieur Sarkozy.
Pas une seule des femmes candidates, interpellées sur les problèmes spécifiques aux créatrices et sur les mesures proposées, ne s’est donnée la peine de répondre.
Nous ne ferons pas de commentaire…
La Présidente, Hélène Caroff-Romanini
Texte de notre courrier
LETTRE AUX CANDIDATS À LA PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE
Le 7 avril 2007
Madame, Monsieur,
RACINES est une association créée en 1989.
Son action et sa réflexion portent sur le financement, l’accompagnement et le développement des Très Petites Entreprises (TPE) créées par des femmes.
La mise en oeuvre des fonds prêtés repose sur le micro financement solidaire via les CLEFE (Club Local d’Épargne pour les Femmes qui Entreprennent).
Ils sont constitués en indivision volontaire pour une durée de 5 ans et accordent des prêts d’un montant moyen de 3 à 6 000 €, sur une durée d’environ 2 ans à taux d’intérêt réduit, sans caution ni prise de participation au capital. Cela confère à ces prêts un véritable effet de levier pour l’obtention de micro crédits nécessaires au démarrage ou au développement de l’activité.
Notre association est reconnue par les Pouvoirs Publics, labellisée FINANSOL et bénéficie d’une image positive auprès des intermédiaires financiers.
Le micro financement est un acte de solidarité qui concerne en majorité des femmes en situation fragile qui trouvent là l’opportunité de sortir de leur précarité.
Il ne s’agit pas de charité, mais de redistribution solidaire permettant de sortir de la dépendance aux prestations sociales et à la marginalisation. Cette attitude de partage favorise également une participation citoyenne responsable à la marche de la société ainsi que le développement personnel de chaque intéressée.
A fin 2006, RACINES a mis en place 64 CLEFE dont 35 fonctionnent aujourd’hui, ils ont rassemblé 602 épargnants, aidé 85 entreprises dont 70 sont toujours en activité, permis la création de 118 emplois, avec un taux de remboursement de près de 98%.
Pour améliorer l’entrée des femmes dans le monde de l’économie et pérenniser leurs entreprises -énorme problème aujourd’hui- des mesures urgentes s’imposent.
Nous souhaitons :
- une extension vers l’ensemble des entreprises des mesures fiscales prévues pour les TPRD
- une exonération des charges sociales dégressive étalée sur 5 ans
- un abondement du FGIF pour permettre la garantie de prêts jusqu’à 50 000 €
- une obligation pour les banques d’accorder tout prêt garanti par le FGIF
- un maintien du RMI pendant la première année de la création, que l’entreprise ait ou non des salariés
- une aide financière renouvelée par le biais du Ministère en charge des PME pour permettre aux organismes relais d’assurer un suivi efficace des entreprises pendant au moins 2 ans
- des incitations fiscales pour les personnes plaçant leur épargne dans des outils financiers solidaires investis dans la création et le développement d’entreprises.
Nous ne doutons pas de l’intérêt que vous portez à ces questions et attendons des réponses précises à nos demandes, ce dont nous vous remercions.
Si vous souhaitez plus d’informations, nous sommes prêtes à vous rencontrer.
Bien entendu, nous relaierons vos réponses dans nos réseaux.
Recevez, Madame, Monsieur, nos sincères salutations.
Pour RACINES, La présidente Hélène ROMANINI
Texte de la réponse de M. Sarkozy
Paris, le 14 AVR.2007
Madame la Présidente,
J’ai bien reçu votre courrier du 7 avril dernier par lequel vous me faites part des préoccupations des femmes qui ont créés des Très Petites Entreprises (TPE) et qui se mobilisent au quotidien pour leur maintien dans nos villes et villages.
Le commerce et l’artisanat représentent l’une des fonctions clés de l’aménagement de notre pays, un espace de convivialité et un lieu social incontournable. Le commerce et l’artisanat occupent, en effet , une place essentielle dans le tissu économique français.
La persistance du petit commerce, où la relation avec le client est quasi quotidienne, contribue à animer les centres-villes et les villages et à assurer le maillage du territoire français. Mais il est vrai que la situation devient préoccupante dans certains lieux puisqu’une commune sur deux n’a déjà plus aucun commerce de proximité.
Les entreprises artisanales sont également un facteur important de la vie économique rurale, puisqu’un tiers d’entre elles sont situées en zone rurale. Les artisans ont une place fondamentale dans la formation des jeunes. 175 000 apprentis sont formés chaque année dans les entreprises artisanales. Ce rôle n’est cependant pas aussi important qu’il pourrait l’être puisque 50 % des entreprises artisanales dans le bâtiment déclarent par exemple avoir des difficultés de recrutement, ce qui représente un vivier d’emploi non exploité considérable.
Je suis bien conscient de la nécessité d’assurer la pérennité du petit commerce, et aussi de l’artisanat. C’est la raison pour laquelle j’ai formulé un certain nombre de propositions.
Je veux faire de l’État et de son administration des partenaires de la croissance des PME, par la simplification des procédures, la généralisation des guichets uniques, la stabilité juridique et la réduction des normes. Les incitations fiscales ou réglementaires seront débarrassées des innombrables conditions et plafonds on tout genre.
La seconde proposition est la suspension des différents seuils, qui dissuadent les PME d’embaucher lorsque les créations d’emploi conduisent à dépasser le seuil en question, pendant deux ans, à titre expérimental.
Je souhaite également un meilleur fonctionnement du marché du travail grâce à la création du contrat de travail unique qui permette aux entreprises d’embaucher davantage, plus vite et plus facilement grâce à des procédures de licenciement moins longues, plus sûres et plus adaptées aux difficultés concrètes rencontrées par les PME. Il faut aussi accroître l’activité des petites entreprises artisanales et commerciales et permettre à leurs salariés de travailler plus pour gagner plus, par la rémunération des heures supplémentaires majorée de 25 % (au lieu des 10 % actuellement pour les entreprises de moins de 20 salariés) ou bien en permettant aux maires d’autoriser les ouvertures le dimanche, mais uniquement pour les commerces de moins de 300 m2 et sous réserve de l’accord des salariés. Ma priorité est clairement de favoriser les petits commerces, leur survie et plus encore leur développement.
Je souhaite aussi, une fiscalité plus favorable à la croissance des entreprises, avec pour priorités : la suppression de l’imposition forfaitaire annuelle, la réforme de la taxe professionnelle et le rapprochement du taux de l’IS sur la moyenne de l’UE-15, la suppression des droits de mutation pour la transmission de certains petits commerces dits « de bouches » ..
Je connais naturellement, les grandes difficultés que rencontrent vos professions pour recruter. Il faut encourager les talents à rejoindre le monde des petites entreprises et des entrepreneurs qui sont un formidable facteur de méritocratie. Je souhaite une meilleure orientation des élèves vers ces métiers prometteurs, la revalorisation du travail manuel ou technique et l’adaptation des qualifications aux exigences du marché du travail. Malgré une relance par les pouvoirs publics de l’apprentissage, certaines filières n’attirent pas suffisamment les jeunes alors qu’elles peuvent être pourvoyeuses d’emplois.
Il est plus que temps de redonner à l’intelligence de la main ses lettres de noblesse. Conscient de l’inadéquation entre les formations des jeunes et les besoins du marché du travail nous avons décidé d’étudier puis de faire connaître aux élèves, aux étudiants (et à leurs parents) les débouchés des filières dans lesquelles ils s’engagent. Je propose pour cela la création d’un véritable service public de l’orientation, plus personnalisé et mieux connecté au monde du travail. Cette politique sous-tend bien évidemment la contribution de tous les professionnels, et se place sous la reconnaissance de toutes les filières sans exception.
Telles sont les mesures que je compte prendre, si je suis élu, pour soutenir le commerce et de l’artisanat de nos villes et villages.
En espérant que ces précisions répondent à vos attentes légitimes et restant à votre écoute, je vous prie de croire, Madame la Présidente, en l’expression de ma considération distinguée.
Nicolas SARKOZY, Candidat à l’élection présidentielle