Les femmes sont de plus en plus tentées par l’aventure de l’entrepreneuriat. Mais seulement 30 % des créations d’entreprises le sont par les femmes alors qu’elles sont aussi nombreuses que les hommes (même plus nombreuses avant 25 ans) à vouloir créer leur entreprise, qu’elles sont deux fois plus nombreuses à créer que les hommes après une période de chômage, et que le nombre de femmes chefs d’entreprise (indépendantes ou employeurs) a augmenté de 10 % en quelques années.

Pourquoi sont-elles si peu à l’arrivée ?

Les difficultés en phase de création ou de développement de ces entreprises de femmes tiennent à plusieurs raisons qui ne les mettent pas à priori en position de force… à priori seulement.

Un passif culturel et économique lourd

Bien que plus diplômées que les hommes (49 % des femmes ont au moins le baccalauréat, contre 44 % des hommes), le passage dans la vie professionnelle a minoré les qualifications des femmes. Le principe d’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes demeure un vœu pieu. Les périodes dédiées traditionnellement aux enfants (grossesse, petite enfance, éducation) ont été le prétexte d’écarter les femmes de postes à responsabilité que d’aucuns considèrent incompatibles avec le fait d’être mère.

Le taux d’activité des femmes a presque doublé entre le début des années 60 et 2000, ce qui présente en fait un phénomène récent dans le paysage économique français. Donc les femmes ont été trop facilement sous-employées, mal employées, sous-payées.

Les femmes créatrices d’entreprise, malgré des motivations face à leur projet au moins aussi fortes que celles évoquées par les hommes, sont donc moins bien armées. Cela se retrouve notamment dans les contacts avec les organismes financiers. Mais on constate que les femmes ont contourné ces difficultés par le choix de l’activité, l’envergure financière et le rythme donné à leur activité.

Difficultés à appréhender l’univers de l’entreprise…

Les femmes manquent de culture économique en général et de connaissances de l’environnement économique de l’entreprise en particulier. On constate par exemple une insuffisance de fonds propres, ce qui fragilise l’activité de l’entreprise dès son démarrage. Une femme sur trois a investi moins de 3800 euros pour lancer son entreprise et une femme sur deux moins de 7500 euros.

Les femmes assimilent encore la pratique de l’économie d’une entreprise à la gestion du budget familial. Si elles connaissent, pour les observer quotidiennement, les règles de l’ »économie de marché », elles n’inscrivent pas automatiquement leur projet dans le cadre classique de l’offre et de la demande. Le rapport à la production et à la rentabilité du travail pour les femmes reste un domaine difficile à appréhender, comme il leur est difficile de se poser en chef d’entreprise.

L’exemple le plus parlant est l’attitude des femmes devant la dette. Lorsqu’un emprunt a été obtenu, elles n’ont qu’un désir : le rembourser au plus vite. Le fait qu’elles gèrent leur entreprise à court terme, qu’elles règlent très rapidement leurs fournisseurs (alors qu’elles accordent des délais de paiement à leurs clients pour ne pas les perdre) provoque un décalage financier, qu’elles pourraient négocier autrement, et donc des difficultés financières.

Leur rapport aux institutions et administrations, aux organismes publics ou privés fait que là encore elles ne se posent pas en partenaires mais en tributaires, alors qu’elles sont censées créer des richesses.

Créer une entreprise seulement pour créer son propre emploi…

Le projet de création d’entreprise est avant tout pour une femme l’opportunité de créer son propre emploi. Les chômeuses sont deux fois plus nombreuses à créer que les chômeurs.

L’entreprise, si petite soit-elle, est régie par un certain nombre de règles et de contraintes qu’il faut connaître. La gestion d’une entreprise ainsi que son développement commercial, n’est pas compatible avec une vue à court ou même moyen terme et n’a plus grand chose à voir avec le cadre simple de l’auto-emploi.

Le bien ou le service proposé est diffusé et consommé par d’autres acteurs économiques. Il faut organiser cette commercialisation d’où la nécessité d’être concurrentiel, de négocier, de répondre, d’évaluer et de valider des besoins face à des acteurs diffus, inégaux en taille et en puissance… et de prévoir un développement conséquent, en chiffre d’affaires, en investissements, en embauche de personnel…

La réussite de la création de son propre emploi est donc indissociable de la réussite de l’entreprise, et donc de l’opportunité du produit proposé, de ses débouchés commerciaux et d’une connaissance basique du fonctionnement de l’entreprise.

Leur rapport aux enfants et au conjoint…

Un autre champ auquel sont confrontées spécifiquement les femmes et qui pèse lourdement sur leur quotidien est le rapport au conjoint, aux enfants, à la famille élargie. Elles supportent le poids des enfants, l’équilibre du foyer.

Moins de temps, moins de disponibilité affective, problèmes financiers, priorités différentes…. : le fait de créer une entreprise amène des perturbations au niveau du couple et de la famille, une remise en question sur la répartition des rôles traditionnels homme/femme, peut-être même des changements radicaux de projets de vie.

Un environnement familial et économique dissuasif ou peu coopératif peut être une raison d’abandon d’un projet personnel de création d’entreprise.

De fait, moins disponibles, physiquement et mentalement, les femmes mettent plus longtemps que les hommes à créer leur entreprise.

Plus de 30% des créatrices vivent seules avec des enfants. Et là, plus que jamais et malgré son activité, la femme est avant tout une mère.

Et quant elles sont en couple, les femmes, contrairement aux hommes, intègrent plus souvent leur conjoint dans leur projet d’entreprise, même si elles gardent la main de la gérance.

Leur relation au temps…

Le temps demeure pour les femmes un paramètre difficile à gérer, d’autant que s’y rajoute une fois l’entreprise créée, le rythme de l’activité de l’entreprise.

Les femmes prennent du temps par méticulosité, par souci de précision, de prudence, et par une volonté de bien évaluer le coût du risque, bien au delà de leur goût.

Mais le temps coûte cher et les femmes en supportent largement le poids.

La conjugaison des aspects de leur vécu culturel au quotidien a une conséquence immédiate négative : elle allonge le temps de construction du projet et en augmente le coût. D’ailleurs les femmes créent selon les statistiques deux ans plus tard que les hommes… et à demande égale, seulement la moitié des femmes obtiennent l’ACCRE.

De toute façon, le passage à l’acte reste difficile et il en résulte souvent un réel découragement devant la complexité de la tâche et parfois l’abandon tout simple du projet.

Insuffisance de formation en gestion…

Les deux tiers des femmes créatrices n’ont suivi aucune formation en gestion avant de démarrer leur activité… Si l’on ajoute que ce sont les femmes les moins diplômées qui consultent le moins les organisations de conseil et de suivi (que ce soit avant ou après la création), on imagine aisément les difficultés que beaucoup d’entre elles rencontrent peu à peu.

Ces difficultés sont heureusement contrebalancées par une gestion modeste, « domestique », ce qui peut présenter un avantage mais aussi l’inconvénient du manque d’ambition par rapport au développement du projet d’entreprise.

Il est paradoxal de constater que les femmes créatrices sont plus diplômées que les hommes créateurs…. C’est au cours de leur cursus professionnel que leur qualification s’est dégradée… qu’elles ont été davantage « sous-employées »… De là à penser que la création d’entreprise peut représenter un espace de liberté…

Les difficultés d’accès aux sources d’information…

Les structures d’information et de conseil travaillent autour de la création d’entreprise et non avec les créateurs en tant qu’individus. Ceux-ci doivent se couler dans les moules imposés.

Les femmes ne s’y reconnaissent pas.

Elles effectuent donc seules un grand nombre de démarches, à leur rythme, suivant leurs propres interrogations et en prenant le temps de s’approprier individuellement les schémas de construction de leur projet d’entreprise.

Une expérience professionnelle antérieure peu adéquate…

Le temps d’expérience professionnelle pour celles qui en ont eu une est plus court en ce qui concerne les femmes créatrices de nouvelles entreprises par rapport aux hommes.

Elles ont été moins « cadres dirigeantes » en entreprise, elles sont plus souvent ex-employées ou carrément inactives, ce qu’ont été les hommes plus rarement.

En résumé, les femmes ont davantage acquis leur expérience professionnelle :
- dans des plus petites entreprises
- pendant moins longtemps
- dans des positions hiérarchiques moins favorables alors que la situation inverse présenterait à priori de meilleurs atouts.

En conclusion…

Pour toutes ces raisons, la sélection est deux fois plus dure et la création d’entreprise féminine stagne.

C’est certainement pour atténuer ces particularités que les femmes créent ou reprennent des entreprises qui leur « ressemblent », proposant des services aux particuliers (pour 70% d’entre elles) avec une clientèle de proximité, donc locale.

Et la difficulté qui consiste à se mettre en valeur non par rapport à leur savoir-faire mais par rapport à un système dont elles ont du mal à saisir toutes les opportunités, n’est pas la moindre.

Pour cela des outils et des méthodes particulières sont nécessaires, qui tiendront compte de leur spécificité et de leur approche particulière de la création d’entreprise.

Sur tous ces éléments, RACINES peut aider les femmes à mieux vivre la création de leur entreprise.